Front Commun pour la justice sociale

Le bien commun versus l’intérêt privé

Al Daly, trésorier
Chapitre du Sud-est du Front commun pour la justice sociale 
(traduction faite par Auréa Cormier)

Le journaliste de Newsweek, Robert J. Samuelson, commentait des problèmes auxquels la société occidentale est confrontée : « Nous sommes face à un choix entre une société où les personnes acceptent de modestes sacrifices en vue du bien commun et une société contentieuse où des groupes égoïstes protègent leurs propres bénéfices. » Dans la même ligne d’idée, l’expert en bioéthique, Daniel Callahan, indiquait que la solution à la crise actuelle dans le système des soins de santé – l’augmentation rapide des coûts et les difficultés d’accès – exige que nous remplacions l’éthique actuelle des droits individuels par une éthique du bien commun.

Le bien commun, c’est quoi au juste? Pourquoi occupe-t-il une place si critique dans les discussions actuelles autour des problèmes de société? La notion du bien commun remonte à plus de 2 000 ans. Elle prend ses racines dans les écrits de Platon, d’Aristote et de Cicéron. Dans une épitre de Barnabé, il est écrit : « Ne vivez pas dans l’isolément comme si vous étiez déjà justifiés, mais rassemblez-vous et étudiez ensemble ce qui concerne l’intérêt commun. » Plus près de nous, John Rawls définit le bien commun comme « certaines conditions générales qui sont, de manière égale, avantageuses pour tous et pour toutes. » Donc, le bien commun consiste principalement en des systèmes sociaux, des institutions et des milieux environnementaux desquels tout le monde dépend et qui fonctionnent au bénéfice de toutes et de tous. Un système de santé public accessible et abordable ainsi qu’un système efficace de sécurité publique sont de bons exemples de bien commun.

Comme l’indiquent ces deux exemples, le bien commun n’est pas un bien public qui se produit spontanément. Établir et maintenir un bien commun exigent des efforts et de la collaboration entre un grand nombre de personnes. Prenons l’exemple d’un parc public. Pour le conserver libre de déchets, il faut que chacun ramasse ses ordures. De la même manière, le maintien de conditions sociales bénéfiques pour toutes et pour tous demande un effort de coopération de la part de toutes les citoyennes et de tous les citoyens. Cependant, ces efforts rapportent puisque le bien commun en est un auquel tous les membres de la société ont accès. Personne ne doit en être exclu du revers de la main. Par exemple, tout le monde apprécie les bienfaits d’un air pur et d’un environnement non pollué.

La raison pour laquelle il y a des gouvernements à tous les échelons de la société, c’est justement pour pourvoir au bien commun. Cette responsabilité devient de plus en plus difficile à réaliser dans la société actuelle aux tendances individualistes. Il faut se rappeler que les personnes ne sont pas faites pour vivre en simples individus mais plutôt en famille, en communauté et cela, en vue d’une participation sociale. La liberté ne réside pas dans la solitude. Nous sommes liés les uns aux autres par des obligations de solidarité. Nous avons un devoir les uns envers les autres, particulièrement envers les plus pauvres. Nous avons une obligation de participer à l’ordre social. Il faut trouver un moyen de bâtir une société où toutes les femmes et tous les hommes ont leur place, même celles et ceux avec qui nous sommes en désaccord. Si nous y arrivons, nous aurons une meilleure société et personne ne sera laissé pour compte.

Il semble que les gouvernements actuels ont presque perdu de vue leur obligation de pourvoir au bien commun, ce qui pourtant est leur raison d’être. Il est évident que les courants politiques actuels de droite laissent les pauvres encore plus pauvres alors que les riches deviennent plus riches. Le pouvoir et l’argent ont réussi à séduire des gens bien intentionnés qui finissent par abandonner leurs principes moraux élevés. Cette tendance a des conséquences néfastes sur le présent ainsi que sur l’avenir du Canada, pays dont nous sommes fiers.