Front commun pour la justice sociale

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Claude Snow
Des casinos pour rendre les gens plus responsables?
7 novembre 2007

Quel est le rapport entre l’ouverture de casinos et la lutte contre la dépendance sur le jeu dans la province? Le lien n’est pas évident et pourtant, c’est ce qu’envisagerait de faire le gouvernement en sortant les appareils à jeu des bars pour les confiner à des casinos. C’est une politique qui, à prime abord, se vend bien, mais il y a lieu de l'examiner de plus près.

Limiter le nombre d’appareils à jeu marquerait certes un pas de l’avant, mais déplacer ceux qui restent vers des casinos ne fera que créer un problème de plus.

Il y a, en effet, deux réalités paradoxales à tenir compte. Il y a d’abord le fait que les appareils à jeu viennent ajouter plus de 130 millions de $ par année aux fonds publics, ce qui n’est pas négligeable, mais il y a aussi le fait que ces mêmes jeux causent un fléau social au même titre que l'alcool et la drogue. Parlez-en à ceux qui ont tout perdu en s'adonnant au jeu! On estime qu’environ un joueur sur cinq risque de développer une compulsion sur le jeu, ce qui représente environ 10 000 personnes dans la province.

Le gouvernement prétend vouloir s’attaquer au problème du jeu compulsif en se dotant d’une politique visant à rendre les gens qui les utilisent plus responsables, mais il ne révèle pas les détails qui permettraient de juger si son plan d'action a des chances de réussite ou non. Son véritable motif semble être plutôt celui d’augmenter les revenus des appareils à jeu en attirant les touristes dans la province. Favoriser les jeux de hasard, puis promettre de traiter ceux qui en développent une maladie, est semblable à augmenter les limites de vitesse sur les routes, puis s'engager ensuite à embaucher plus de médecins pour traiter les blessés.

Mousser le tourisme est bon en soi, évidemment, mais est-il justifiable de le faire par la voie des casinos et d’ouvrir une porte qu’on ne pourra plus jamais fermer? C’est un fait qu’un bon nombre de ceux qui n’aimaient pas fréquenter les bars iront sans réserve vers les maisons de jeux, considérées plus huppées et socialement acceptables. En somme, la stratégie gouvernementale, si elle est adoptée, aura pour effet de faciliter l’accès aux appareils et ainsi augmenter le nombre de joueurs compulsifs dans la province.

Jusqu’à maintenant, la politique provinciale en a été une qui visait à contenir, plutôt qu’à bannir les appareils à jeu. Il la justifiait en s’engageant à mettre à la disposition des joueurs pathologiques des services de réadaptation, mais on sait que les services de réadaptation destinés à ceux qui ont une dépendance sur le jeu sont stagnants et il y a de bonnes chances qu’ils le resteront, et puis, seuls les joueurs qui s’avancent pour de l’aide reçoivent des services. Les autres ne font que s’enfoncer encore plus, ruinant leur vie et celle de leur famille.

Notons que la demande de services pour la dépendance sur le jeu n’a fait que de croître dans la province au cours des dernières années, mais les montants investis en services thérapeutiques, environ 750 000 $ par année, sont bien faibles à comparer aux 130 millions que rapportent les jeux annuellement. La plupart du temps, les programmes d’aide sont des éléphants blancs qui donnent de piètres résultats, faute de moyens. Une étude réalisée en 2002 a démontré que peu de gens connaissent l’existence même de services de réadaptation pour les joueurs compulsifs.

Deux autres questions se posent: le gouvernement ne pourrait-il pas trouver mieux que les jeux de hasard pour attirer les touristes vers cette province, et puis, que fait-il du bien commun? Il tombe lui-même dans le panneau des joueurs compulsifs en essayant de réaliser rapidement des profits pour boucler son budget sans tenir compte des effets à long terme.

Il devrait s’intéresser au problème de fond qui est celui des causes profondes qui poussent les individus à devenir dépendants du jeu. Tout en voulant leurrer les touristes vers cette province, il devrait s’engager à lutter contre le fléau du jeu compulsif sans lier ces deux causes.

Il devrait d’abord cesser de présenter les jeux de hasard comme une industrie lucrative et tenter de dissuader les jeunes de s’y adonner en leur présentant les facteurs de risque qu’il comporte. Ce ne sont pas les histoires d’horreur qui manquent dans ce domaine.

Rappelons, en terminant, ce propos du psychologue Robert Hunter: «Si vous ne pensez pas que le jeu compulsif est un problème pour la société, dites-vous qu’il n’y a jamais eu un alcoolique qui a bu l’argent de quatre générations en une seule fin de semaine, ce qu’un joueur compulsif peut faire.

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