Front Commun pour la justice sociale

Suggestions pour mieux équilibrer le budget 2008-2009

Auréa Cormier, ndsc, Coordonnatrice de l'Équipe Justice et Solidarité et membre du Front Commun pour la Justice Sociale

Une fois, des bébés flottaient, jour après jour, le long d'une rivière. Des bénévoles s'ingéniaient à les rescaper et à les soigner. Ils faisaient cela sans chercher la cause de cette catastrophe. Se peut-il que nos responsables des finances publiques n'analysent pas suffisamment les causes des coûts supplémentaires qui s'ajoutent au budget de la santé? Se peut-il qu'ils prennent de mauvaises décisions?

En 2007-2008, les services de santé et les soins aux personnes âgées représentaient 40,1 % du budget, soit plus de deux milliards. Au lieu d'augmenter le budget en santé en 2008-09, pourquoi ne pas mieux investir nos dollars d'impôts en faisant plus de prévention? Pourquoi ne pas ajouter des dizaines de millions de dollars pour hausser les taux d'assistance sociale, ce qui diminuerait les incidences de malnutrition et de stress, deux facteurs qui font grimper les dépenses en santé.

Une étude de l'Université York attribuait la cause de 6,366 décès de maladies coronariennes à la pauvreté. Ces chercheurs rapportent qu'au Canada, il en coûte près de 4 milliards par an pour traiter ces maladies coronariennes. En extrapolant à partir de ces données, nous estimons que si les gens pauvres du N.-B. étaient aussi fortunés que les plus riches, la province compterait 160 décès annuels de moins à cause de maladies cardiaques. Elle réduirait ainsi de 100 millions ses dépenses associées aux seules maladies coronariennes. Nous faisons l'hypothèse qu'il serait économiquement avantageux d'accorder une hausse moyenne d'environ 4 000 $ à l'aide sociale pour chacun des 23,553 ménages d'assistés sociaux. Ainsi, on diminuerait les coûts provinciaux de 100 millions en médecins et en hospitalisation, pour maladies coronariennes seulement. En effet, des chercheurs norvégiens indiquent que les gens à faible revenu et les moins scolarisés ont une incidence de maladies coronariennes 2,5 fois plus élevées que ceux qui appartiennent à la classe aisée.

Une autre étude réalisée en Nouvelle-Écosse démontre que les personnes touchant les revenus les 20 % les plus faibles utilisaient 43% plus de services médicaux comparativement aux 60 % des Néo-Écossais(e)s les plus riches. La situation au N.-B. ressemble probablement à celle de la Nouvelle-Écosse. Augmenter le revenu des pauvres est un facteur clé pour réduire les futurs coûts en santé.

Avec les taux actuels accordés aux assistés sociaux, il leur est très difficile de manger adéquatement. Prenons le cas d'une assistée sociale de 55 ans que je nommerai Marie. Elle ne reçoit que 521 $ par mois, même si elle souffre d'ostéoporose et d'arthrite sévère. Depuis plusieurs années, elle attend un logement subventionné. Marie paie 450 $ par mois pour son loyer et 40 $ pour son téléphone, ce qui lui laisse 31 $ par mois pour toutes ses autres dépenses. Elle s'achète une carte de circulation en autobus (18 voyages) qui lui coûte 18,10 $ afin d'aller dîner à la soupe populaire Karing Kitchen. Une amie lui paie ses autres billets d'autobus pour le reste du mois. Sans cela, elle n'aurait rien à manger.

Le droit à l'alimentation est un droit universel. Le simple fait d'exister devrait garantir ce droit. Personne n'a à le mériter. Nos gouvernements ont la responsabilité d'assurer à toutes et à tous les moyens de s'alimenter pour ne pas souffrir de la faim. L'article 11 du Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels de l'ONU dit que les gouvernements doivent reconnaître le droit de chaque personne à un niveau de vie adéquat pour elle-même et sa famille en matière d'alimentation, de vêtements et de logement. L'État doit prendre les mesures appropriées pour s'assurer que ces droits sont reconnus. Le prochain budget provincial doit inclure l'argent requis pour qu'aucune personne au N.-B. ne souffre de la faim, ni du froid.

Bref, nous demandons au Ministre des finances de faire en sorte que dans son prochain budget, il s'y trouve l'argent nécessaire pour que les assistés sociaux puissent manger mieux, être moins angoissés et avoir moins froid l'hiver. Ainsi, les personnes pauvres pourront participer équitablement à la vie économique et sociale de notre province.