Front Commun pour la justice sociale

La pauvreté : un enjeu électoral incontournable

La ville de Bathurst a encore une fois cet été empêché qu’une maison de transition pour itinérants puisse s’installer sur son territoire. C’est la deuxième fois depuis 5 ans qu’une telle décision négative est prise à Bathurst. Par ailleurs, à Campbellton, des citoyens s’opposent aussi à ce que l’on bâtisse dans leur quartier une résidence pour des personnes en difficultés.

De tels comportements et décisions me gênent énormément, pour ne pas dire que ça me révolte. Par ignorance, on semble faire une équation automatique entre pauvreté et criminalité. On semble aussi calculer que la présence de personnes à besoins spéciaux dans les parages, d’ordre physique ou mental, entraîne automatiquement une baisse de la valeur de sa propriété individuelle. C’est pas très chrétien et solidaire comme attitudes, et ça frise le mépris.

Je vis personnellement depuis 12 ans à côté de la Maison Nazareth à Moncton, sans qu’il n’y ait eu d’incidents fâcheux à relater. Cette Maison fait partie du quartier depuis très longtemps, et aucun résident à ma connaissance ne trouve rien à redire là-dessus.

On fait partie d’une société de plus en plus égoïste et aseptisée, où le pauvre est perçu en partant comme sale, dangereux, malade et souvent comme un criminel. On oublie de réaliser que la pauvreté, comme la maladie, peut tomber sur n’importe qui, et à n’importe quel moment, et qu’un jour, ça peut être notre tour. Une étude faite à Halifax vient de démontrer que l’Atlantique est la région la plus pauvre, mais aussi la plus endettée au Canada. Je vous entends dire que tout le monde savait cela. Ce qu’on savait moins, c’est qu’on était aussi surendettés. Avec l’accès facile au crédit, on se pense riche un jour, puis on déchante vite en se retrouvant pauvre le lendemain. Comme les millions de familles américaines qui ont perdu leurs maisons du jour au lendemain. Permettre autant de pauvreté dans un pays riche comme le nôtre, c’est de la haute criminalité.

Ce n’est pas le pauvre qui est nécessairement criminel, et comme partout ailleurs il peut y en avoir, mais c’est la pauvreté comme telle qui est criminelle. D’ailleurs, la criminalité a plutôt bien fait son nid chez bien des riches ces dernières années : Enron, Norbourg, Nortel, Conrad Black…

Combien de fois faudra-t-il rappeler que tous les partis politiques avaient unanimement voté sous Mulroney, en 1989, l’engagement d’éliminer la pauvreté au Canada dans les dix ans qui suivraient? Cette chère pauvreté s’est maintenue autour des 12 % de la population canadienne depuis ce temps-là, dont plus d’1.5 millions d’enfants pauvres. C’est une situation plus que criminelle… c’est odieux, inhumain, répugnant!

Surtout en ce qui concerne les enfants, qu’on ne fait plus assez. Il y a en ce bas monde des parents, pauvres ou riches, qui n’ont pas suffisamment de talents et de moyens pour élever des enfants. Une société civilisée digne de ce nom devrait être capable de les repérer pour à la fois mieux accompagner ces parents et ces enfants. Comme ça se fait en Finlande, en Nouvelle-Zélande, en France. Et seules des interventions précoces, faites dans des services de garde publics et universels par exemple, permettraient de solutionner en grande partie ces défis de société essentiels. La Commission sur l’école francophone pourra être un bon endroit pour faire valoir que l’éducation, de la petite enfance au postsecondaire, est un des bons moyens privilégiés pour justement combattre la pauvreté et l’analphabétisme.

Tout cela pourrait coûter cher à court terme, mais beaucoup moins cher que ce que ça nous coûtera à long terme en frais de santé, d’analphabétisme, et de révolte sociale. La question réelle à se poser est à savoir « est-ce qu’on peut se permettre les moyens de ne pas le faire »? Les événements de cet été, dans Montréal-Nord, n’ont été qu’une première manifestation de cette grogne populaire face au désoeuvrement et à la pauvreté. Le pire pourrait venir…

On n’a pas encore beaucoup entendu parler de la lutte à la pauvreté depuis le début de la campagne pour les élections fédérales, à part quelques groupes religieux, sociaux et syndicaux qui en ont parlé. C’est une erreur fondamentale de la part des partis, et un déni de responsabilité inqualifiable. Il y a pourtant une urgence d’agir.

Le Front commun pour la justice sociale tiendra un deuxième Sommet provincial sur la pauvreté à Moncton les 17-18 octobre. Le thème de ce Sommet est : « La justice avant la charité ». Quel thème approprié et bien choisi en cette période où la droite chrétienne religieuse prône à tout vent le désengagement de l’État en matière de solidarité sociale.

Quand est-ce que les gens vont comprendre que la démocratie et les gouvernements qui en découlent ont comme principales fonctions de gérer justement le bien commun et le partage équitable de la richesse ? Quand est-ce que nous allons comprendre que ça prend plus que des bingos, des rallyes, des marathons ou des dons de charité à Centraide pour en arriver à une justice sociale pour tous et toutes? Et que c’est aussi dans notre intérêt à tous que la pauvreté soit éliminée le plus possible ? Dans le fond, la dignité humaine n’a pas de prix…éliminons cette pauvreté, ou à tout le moins, réduisons-là substantiellement!

Jean-Marie Nadeau
jmacadie@nb.sympatico.ca