Front Commun pour la justice sociale

ADOPTER UN BUDGET QUI RÉDUISE LA PAUVRETÉ

Mémoire présenté à M. Victor Boudreau, ministre des finances, par Linda McCaustlin, co-présidente du Front commun pour la justice sociale du NB

Riverview, le 28 janvier 2008

Nous désirons remercier le ministre des finances pour l'occasion qu'il nous offre de participer au processus de consultation pré-budgétaire. Nous prenons la parole au nom de ceux qui, malheureusement, n'avaient pas les moyens de se faire entendre durant les audiences. Je vais donc parler au nom de ceux qui ne peuvent être ici aujourd'hui et être entendus. C'est malheureux parce qu'ils sont sans doute ceux qui auraient le plus à dire. Le prochain budget affectera leur vie plus que n'importe qui d'autre dans la province.

Durant la dernière campagne électorale, le parti libéral nous avait laissé entendre que s'il était porté au pouvoir, les moins nantis n'auraient rien à craindre et qu'ils auraient même tout à gagner car ils éliraient un gouvernement compatissant, sensible à leurs besoins. Ceci figurait dans la plate-forme intitulée "Pacte pour le changement", que le parti libéral a publiée en septembre 2006. Si nous sommes ici aujourd'hui, c'est parce que cela ne s'est pas concrétisé.

Le Front commun est un regroupement provincial composé d'une quarantaine d'organisations syndicales, religieuses et communautaires. Notre mission est de promouvoir des politiques qui répondent aux besoins des plus vulnérables dans la société. Notre stratégie vise surtout les normes minimales d'emploi, la sécurité du revenu, l'assurance-emploi et l'équité salariale.

Nous croyons qu'il doit y avoir une meilleure répartition de la richesse et que le filet de sécurité social devrait être renforcé de façon à offrir une meilleure protection aux citoyens. Pour cela, cependant, il nous faut une stratégie claire qui vise à réduire la pauvreté dans cette province et le prochain budget devrait refléter cet objectif.

Environ 18 % des enfants dans cette province vivent dans la pauvreté et cela est causé, selon nous, par l'iniquité qui semble gagner du terrain. Il nous faut renverser la vapeur et s'assurer que les politiques publiques soutiennent les gagne-petit, les moins nantis et les plus défavorisés pour qu'ils deviennent des citoyens à part entière et qu'ils vivent dans la dignité.

La stratégie du gouvernement actuel, du moins telle qu'on la perçoit, est de réduire les taxes, d'ignorer la pauvreté et de déréglementer. Il se fie aussi sur la bonne volonté des corporations et des communautés pour prendre à leur charge la réduction de la pauvreté. Cette approche est contre-productive et ne fait que faire accroître la pauvreté. Ce que nous proposons, c'est un changement dans les objectifs et la stratégie de façon a promouvoir des opportunités égales pour tous, une vision qui semble avoir été mise de côté.

L'efficacité et la rentabilité, la compétition et la productivité, l'auto-suffisance et le chacun pour soi semblent être les valeurs actuelles. Elles ne font qu'engendrer plus de pauvreté. il faut qu'elles soient contrebalancées par les valeurs sociales telles que la responsabilisation de l'État, la protection sociale et la poursuite du bien commun.

La pauvreté, telle qu'on la conçoit, est le résultat direct des problèmes économiques. ll faut que l'économie subisse des ajustements périodiquement si l'on veut maximiser les opportunités pour tous. Les crédits d'impôt, par exemple, sont inutiles pour les gagne-petit parce qu'ils sont généralement exemptés de payer de l'impôt, étant donné que leur revenu est bien au-dessous des exemptions de base personnelles.

Il y a eu, dans la province, une réduction de 3 % du nombre de bénéficiaires de l'aide au revenu au cours des 10 dernières années. Une telle réduction du nombre d'assistés sociaux n'indique pas que l'économie est plus prospère pour autant. Elle démontre tout simplement que le nombre de citoyens vivant dans la pauvreté a augmenté de 3%.

Le gouvernement a fait de nombreux efforts en vue de réintégrer les gens au marché du travail. Cette initiative, cependant, n'a pas eu les résultats escomptés, vu qu'il y a bien des limitations qui empêchent les gens d'accéder au travail. Un bon nombre sont incapables de faire même du travail léger. Ceux qui pouvaient travailler ont été intégrés dans des emplois au salaire minimum et ils avaient encore besoin d'une carte médicale et de l'assistance pour les déplacements à des fins médicales parce que leur revenu était insuffisant. Il faut souligner que 24 % de tous les travailleurs dans cette province gagnent moins de 10 $ l'heure. Ceci est considéré un faible revenu parce que même s'il travaillait à temps plein et à l'année à ce salaire, un individu ne ferait qu'atteindre le seuil de pauvreté.

Les plus grands obstacles qui empêchent les gens d'aller travailler sont le manque d'habiletés, les problèmes de santé et le manque de services de garde. Dans la plupart des cas, travailler au salaire minimum signifie se caler encore plus dans les dettes.

Trouver un emploi ne garantit donc pas que l'on sort de la pauvreté. Au Canada, 41 % des enfants qui vivent dans la pauvreté viennent de familles où l'un des parents, ou les deux, travaillent à l'année à temps plein. L'emploi ne garantit pas un revenu familial suffisant.

UNE STRATÉGIE À TROIS VOLETS

Il est impossible de surmonter la pauvreté à moins que le gouvernement se dote d'un objectif, d'un plan d'action et d'une stratégie. C'est pourquoi nous recommandons qu'il a adopte une stratégie à trois volets:

A. PLUS DE SÉCURITÉ FINANCIÈRE

1. Donner plus d'assistance à ceux qui sont dans le besoin en haussant les taux (pour qu'ils soient paritaires avec la moyenne en Atlantique). 2. Donner de l'aide à ceux qui sont à revenu fixe, au salaire minimum ou bénéficiaires de l'aide au revenu pour qu'ils puissent payer leur combustible durant l'hiver (les suppléments de chauffage actuels de 110 $ par mois versés aux bénéficiaires de l'aide au revenu sont insuffisants; le gouvernement actuel a rompu la promesse qu'avait faite le gouvernement précédent d'exempter la TVH sur les frais de chauffage en offrant plutôt une aide de 100 $ par année). 3. Augmenter le salaire minimum pour qu'il devienne un "revenu de subsistance suffisant" (le salaire minimum dans cette province est de 7,25 $ l'heure, alors que la moyenne canadienne est de 7,60 $). 4. Indexer l'aide au revenu et le salaire minimum au coût de la vie (le coût de la nourriture, du logement, de l'électricité et des menues dépenses sont d'environ 20 000 $ par année pour une famille de 4, alors que l'aide au revenu est d'environ 10 000 $.) 5. Fournir de l'assistance d'urgence (prestations spéciales) aux familles qui sont dans une situation critique. 6. Améliorer les politiques relatives à l'aide au revenu pour supprimer les désincitatifs et les éléments répressifs. 7. Assurer l'équité salariale dans tous les secteurs d'activité, à la fois publics et privés.

B. ASSURER DES SERVICES PROACTIFS AUX INDIVIDUS ET FAMILLES

1. Les élus devrait s'engager, en tant que leaders politiques élus, à mettre fin à l'érosion dans les services publics. 2. Le gouvernement devrait procurer de l'aide pour le transport à des fins médicales (dans les régions rurales, ceux qui n'ont pas de moyens de transport ne peuvent accéder aux services). 3. Il devrait fournir des services personnels directs aux familles qui ont besoin de soutien (mais pas à travers l'Internet!). 4. Il devrait offrir un programme complet de soins à domicile. 5. Il devrait assurer un accès universel aux services de garde en accordant des subventions suffisantes aux centres de garde, plutôt que de verser un soutien partiel à un certain nombre de parents. 6. Il devrait offrir plus de services de prévention (ceux-ci coûtent 10 fois moins que d'essayer de corriger un problème demeuré intraité).

C. ÉQUILIBRER LE SYSTÈME DE TAXATION

1. Redistribuer les fonds publics de façon à ce que les gagne-petit et les bénéficiaires de l'aide au revenu reçoivent la part qui leur est due. 2. Voir à une distribution équitable des fonds publics non seulement dans les domaines de la santé et de l'éducation, mais aussi dans les secteurs du transport, de l'aide sociale, de la création d'emploi, du logement, des services sociaux et des soins à domicile.

3. Imposer moins de taxes sur les biens et les services essentiels et imposer de plus lourds impôts sur le revenu aux citoyens les plus riches et des taxes accrues aux corporations qui s'en tirent maintenant en payant moins qu'elles ne le devraient. 4. Réduire l'impôt sur le revenu des gagne-petit.

CONCLUSION

Au fond, nous recommandons que le gouvernement verse plus d'assistance financière directe et qu'il rétablisse les services personnels qui ont été réduits, et puis, que ceux-ci soient financés par l'entremise d'un système fiscal équilibré. Le gouvernement devrait ainsi centrer son prochain budget sur l'amélioration des conditions de vie des plus défavorisés tout en corrigeant les iniquités fiscales qui sont à l'origine de leur appauvrissement.