Front Commun pour la justice sociale

Le syndrome "pas dans ma cour" se répand

Opinion
L'Acadie Nouvelle
Danielle Savoie
3 octobre 2008

Choisir entre avoir un toit sur la tête ou fréquenter l'école, c'est un choix que personne ne devrait avoir à faire.

Malheureusement, le refus de la Ville de Bathurst de modifier le zonage pour permettre l'ouverture d'un refuge pour itinérants et la lenteur du conseil municipal à trouver un autre endroit pour ce centre a forcé un jeune à choisir entre "apprendre ou avoir une place pour vivre". Sans logement et sans perspective d'obtenir un endroit où se loger dans un avenir rapproché, le jeune a quitté l'école pour s'en aller à Miramichi.

C'était à prévoir, le syndrome "pas dans ma cour" s'est répandu rapidement dans le quartier où devait ouvrir le centre. Il est vrai que certaines personnes fréquentant les refuges sont aux prises avec des problèmes de maladies mentales ou de toxicomanie, mais il faut considérer que peut-être votre nouveau voisin ou votre voisine souffre également de maladies mentales ou de toxicomanie. Ne pas vouloir de refuge dans son voisinage constitue de la discrimination pure et simple. Si tous les citoyens et les citoyennes adoptent la même attitude, et que les autorités municipales continuent de plier, où iront les refuges? Parmi les clients des refuges, il y a aussi ceux comme ce jeune qui ne peuvent plus se payer un logement et qui n'ont pas d'autres endroits pour dormir que ceux-là.

Depuis des mois, les organismes communautaires et sociaux dénoncent ce qu'ils appellent "la crise du logement". D'ailleurs, la crise du logement sera un des thèmes abordés lors du Sommet sur la pauvreté, organisé par le Front commun pour la justice sociale.

C'est que les logements décents à un prix abordable sont de plus en plus rares. Les chiffres parlent d'eux-mêmes, plus de 5000 personnes au Nouveau-Brunswick sont sur des listes d'attente pour obtenir un logement subventionné. Avec l'arrivée de l'hiver et le coût élevé du prix du chauffage, le nombre de personnes qui ne peuvent plus payer leur loyer va augmenter.

La situation du logement est particulièrement difficile pour les pauvres habitant les plus grands centres, comme Moncton, Fredericton et Saint-Jean.

L'essor économique que connaît la ville de Saint-Jean a engendré une pénurie de logements. La demande est telle que même lorsqu'on a de l'argent, il est difficile de se trouver un logis. Par conséquent, le prix des maisons et des loyers a grimpé et les familles à faible revenu ne peuvent plus se trouver de logement adéquat à un prix raisonnable. Les groupes sociaux estiment qu'il faudrait à l'heure actuelle près de 1000 logements à prix modique pour répondre à la demande.

À Fredericton, des groupes communautaires ont aussi dénoncé le prix des logements. Le directeur du Refuge d'urgence a lancé un cri d'alarme, cet été, "les gens qui fréquentent le refuge ne peuvent même pas se payer une chambre, et encore moins un appartement. Le prix d'une chambre est plus élevé que la prestation d'aide sociale que reçoit une personne célibataire par mois".

La situation est semblable dans la région de Moncton, où le prix des appartements est souvent hors de portée pour les gens à faible revenu. De plus, plusieurs logements qui coûtent moins cher laissent à désirer et sont souvent insalubres.

Certes, le gouvernement construit des logements à prix modique et subventionne des logements, mais avec des milliers de personnes sur les listes d'attente, c'est nettement insuffisant.

Il doit y avoir un effort concerté pour faire face à cette crise du logement. Il faut que nos politiciens fédéraux, provinciaux et municipaux fassent du problème du logement et de la lutte contre la pauvreté une priorité.

Des mesures incitatives doivent être mises en place pour encourager un plus grand nombre d'investisseurs privés et à but non lucratif à construire des logements abordables ou subventionnés. C'est sûr que c'est moins payant que de construire de luxueuses copropriétés, mais il faut que chacun fasse sa part pour enrayer la pauvreté.

Les villes et les villages doivent aussi faire partie de la solution. Les municipalités doivent faciliter et favoriser la construction de ce type de logement, y compris des centres pour les sans-abri, en modifiant, par exemple, les zonages. Il est temps d'arrêter la ghettoïsation des pauvres dans certains quartiers de nos villes!

Ce qui s'est passé à Bathurst cet été n'aurait jamais dû se produire. On ne peut fermer les yeux sur le problème du logement qui affecte des milliers de Néo-Brunswickois, qu'ils soient itinérants, bénéficiaires de l'aide sociale ou travailleurs à faible revenu.