Dimanche, 25 septembre 2011
«
Lise Ouellette, Petit Rocher
Bonjour,
Quelques commentaires notés en fin de semaine avant de débuter l'expérience.
Je n'ai jamais connu la faim, ayant grandi sur une belle petite ferme familiale où il y avait de tout pour bien manger : veaux, vaches, cochons, poules, moutons, sans oublier patates, légumes et fruits frais ou en conserve à longueur d'année. Mais j'ai vu des gens mourir de faim en Haïti; j'ai vu des gens moins nantis dans mon entourage; et j'ai aussi vu l'excellente série « Naufragés en ville » de Radio-Canada. Je sais très bien que la faim existe au N.-B. et au Canada. Et que cela n'est pas acceptable. Et que ces cycles de dépendance et de pauvreté s'installent au-delà de la volonté et de la capacité des individus.
J'ai aussi eu le privilège de suivre et de participer au Forum final sur la réduction de la pauvreté au N.-B. J'ai compris comment des critères administratifs peuvent rendre la vie difficile à des personnes qui ont déjà suffisamment de défis. Plusieurs intervenants ont témoigné qu'il est possible de faire une différence. L'augmentation du salaire minimum, les services à la petite enfance et l'éducation sont les pierres angulaires d'une stratégie de réduction de la pauvreté. Je reconnais également que des personnes n'ont d'autre choix que de vivre de l'aide sociale et que celle-ci doit être décente.
J'ai été très déçue du report de l'augmentation promise du salaire minimum et il me semble essentiel que le travail soit le plus rémunérateur possible. On ne peut qu'être inquiets des coupures budgétaires annoncées par les deux paliers de gouvernement. Les services sociaux et communautaires sont trop souvent les premiers affectés. Et si nous n'arrivons pas à répondre aux besoins dès la petite enfance, nous risquons fort de générer une dépendance de génération en génération.
Je souligne la créativité des initiateurs de l'initiative « Expérimenter la faim ». C'est une façon originale d'attirer l'attention sur une situation qui existe dans toutes nos communautés, mais à laquelle nous pensons rarement, sauf lors de la guignolée des fêtes.
Au-delà d'une expérience de trois jours, c'est dans ce contexte plus large qu'il faut situer l'expérience.
Lise Ouellette
Directrice générale
Association francophone des municipalités du N.-B.
«
Louise Guerrette, Edmundston
Je suis allée chercher ma boîte de nourriture chez RADO vendredi et en voici le contenu :
Pinte de lait
12 oeufs
Margarine
1 poitrine de poulet
Petit sac de patates rissolées
2 petites pizzas McCain (9")
Crispy Minis (6 pochettes)
Un pain
Biscuits
Un sac de Uncle Ben's Quick Rice 165 g
|
½ lb de café
Mac & cheese (2)
4 coupes de fruits
1 boîte blé d'inde en crème 10 oz
1 boîte haricots jaunes 10 oz
1 boîte (petite) ananas 8 oz
1 boîte de fèves au lard 398 ml
1 boîte de tomates 19 oz
2 boîtes de soupe 10 oz
1 boîte de thon 170 g
|
Je dois donc faire un menu pour les trois jours pour Patrick et moi :
Lundi
Déjeuner
Fruits en conserve - café & lait (P)
Fruits en conserve - café & lait (L)
Dîner
Sandwich aux oeufs - deux pour P
Sandwich aux oeufs - un pour L
Souper
Pizza 9 pouces pour P
Pizza 9 pouces pour L
Collation en soirée
Crispy Mini (2)
|
Mardi
Déjeuner
Fruits en conserve et café & lait P
Fruits en conserve et café & lait L
Dîner
Mac & Cheese et thon & haricot jaune (P & L)
Souper
Riz et poitrine de poulet (P & L)
Soupe en boîte (légumes)
Collation en soirée
Crispy Mini (2)
|
Mercredi
Déjeuner
Café & lait - fruits en boîte (ananas) (P & L)
Dîner
Patates rissolées - omelette
Souper
Soupe tomate & biscuits - fèves au lard
Collation en soirée
Crispy Mini (2)
|
Je réalise que je dois inventer un menu pour réussir à combler les besoins en nutrition et vivre avec ce qu'on m'a donné comme nourriture. C'est tout un test. Je vous assure que les portions ne sont pas trop généreuses pour les trois jours.
Je n'ai jamais eu à faire un menu pour trois jours. Lorsque je veux manger quelque chose je saute dans mon auto, je vais à l'épicerie, j'achète ce qui me tente et c'est parti. L'expérience me démontre que je dois faire avec ce que j'ai et je ne peux pas détourner le menu puisqu'il n'y a pas d'autres choses avec quoi me nourrir.
Alors qui vivra verra!!!
Lundi, 26 septembre 2011
«
Louise Guerrette, Edmundston
C'est le début de ce périple qui durera trois jours. Mes activités restent les mêmes. J'irai marcher, réunions, etc.
Ce matin, j'ai faim et je dois composer avec les fruits et un café. Le dîner me permet de me rassasier quelque peu : sandwich, point à la ligne. Le souper, la pizza m'a satisfait. C'est un peu psychologique mon affaire, je ne sens pas souvent la faim et aujourd'hui, on dirait que cette sensation de faim est intensifiée.
Pour sa part, Patrick se dit correct; il ne sent pas réellement la faim mais comme moi, il doit composer avec le menu et les quantités.
Je peux comprendre l'inquiétude des gens qui se préoccupent d'où viendra le prochain repas... et la faim qui s'ajoute.
«
Lise Ouellette, Petit Rocher
Je suis allée récupérer ma « boîte » à la banque alimentaire Coup d'pouce. Je dois d'abord admettre que je ne savais pas qu'il y a une banque alimentaire à Petit-Rocher, à l'édifice « Salle blanche ». C'est en 2000 qu'un groupe de bénévoles a créé la banque alimentaire et a également aménagé un magasin de vêtements usagés dans la partie avant de la banque alimentaire. Fort intéressant et très bien aménagé.
Ils desservent de 85 à 100 familles par mois regroupant entre 170 et 190 personnes, sur le territoire de Nigadoo à Pointe-Verte et incluant Alcida et Madran. C'est beaucoup 100 familles pour un si petit territoire. Au sein des familles bénéficiaires, nous retrouvons 55 enfants. Ces familles sont pour la majorité sur l'aide au revenu, mais on retrouve également des familles à faible revenu sur le marché du travail ou au travail à temps partiel, des chômeurs et des retraités. Sans surprise, le nombre au augmenté au cours des dernières années.
J'ai eu le plaisir de rencontrer et d'échanger avec la responsable, Murielle Frenette. Plusieurs bénévoles étaient également à l'oeuvre dans le magasin de vêtements usagés. Chapeau à cette équipe. Une évaluation des besoins est faite lors de la première rencontre et les critères pour avoir accès à la banque alimentaire sont limités. Après le logement et quelques dépenses (ex. 100 $ par mois pour une auto), la famille (de 4 personnes) ne doit pas avoir plus de 350 $ par mois pour vivre (alimentation, vêtements, déplacements, etc). Il n'est pas rare que des familles doivent se débrouiller avec un peu plus d'une centaine de dollars par mois. Vraiment pas évident!
La banque alimentaire Coup d'pouce offre une boîte de nourriture par mois aux familles. Le contenu de la boîte varie selon le nombre de membres dans la famille. Ce n'est vraiment pas beaucoup, mais cela permet de donner un coup de pouce aux familles. Le moment de livraison des boîtes est stratégique, à mi-chemin entre le chèque de l'aide sociale et de l'allocation familiale.
J'ai donc reçu ma boîte de nourriture. Ce qui n'est pas correct, c'est que j'ai reçu pour 3 jours ce qu'une famille de 2 personnes reçoit pour un mois. Malgré tout, je devrai bien planifier mes repas. Mes déjeuners sont assurés, ayant reçu une boîte de céréales et un litre de lait congelé. J'ai 3 boîtes de viandes (dont oh! bonheur, une de chair de crabe) en conserve, un pain blanc et 6 oeufs. La plus grande difficulté à laquelle je fais face, est que je n'aurai pas de fruits ni de légumes frais. Et même en conserve, ma boîte de champignons et de légumes mélangés ne feront pas long feu. Je pourrai me permettre un spaghetti aux tomates en cube ou aux boulettes de viande en boîte. J'ai aussi un peu de porc congelé que je pourrai manger avec des patates (petit sac de 3 lbs). Mais pas d'oignons et autres accompagnements.
J'ai fait décongeler mon lait pour ce matin et brassé autant que possible le lait pour défaire les « mottons ». Je me suis fait une omelette au crabe. Comme je suis à Bouctouche ce soir, je me suis fait un sandwich avec un oeuf et jambon en boîte (sans mayonnaise, seulement de la margarine). Et trois petits biscuits secs.
Il me paraît déjà clair que sans un régime adéquat de fruits et légumes pour une période prolongée, j'aurais des ennuis de santé assez rapidement. Et donc, encore moins de moyens et d'énergie pour m'en sortir ou vivre correctement. Et le prix des aliments augmente présentement de façon importante.
J'ai une grande admiration pour le travail de l'équipe de Coup d'pouce. Je sais qu'ils bénéficient de la collaboration d'entreprises de la région, dont la seule épicerie sur notre territoire, et de plusieurs individus. Ils ont une entente avec le producteur Daniel Boudreau qui leur donne des surplus les jours de marche, en échange d'un espace dans le stationnement. Ils sont membres de l'Association provinciale des banques alimentaires et bénéficient d'une aide du gouvernement provincial et de dons alimentaires nationaux. Mais leurs ressources sont très limitées et ils savent que les besoins sont beaucoup plus importants.
Il me semble qu'un plus grand appui communautaire envers une institution communautaire comme la banque Coup d'pouce serait facilement réalisable et pourrait faire une différence importante. Bien entendu, l'objectif doit être que personne n'ait besoin de faire appel aux banques alimentaires. Mais nous sommes très loin de cette situation et nous en éloignons présentement.
Comment pouvons-nous être plus solidaires envers nos institutions communautaires d'appui aux familles dans le besoin, tout en demandant à nos gouvernements d'investir dans les services qui réduisent et préviennent la pauvreté? La petite enfance, le salaire minimum et l'éducation doivent clairement recevoir la priorité. Je souscris également à la demande du Front commun pour la justice sociale d'augmenter l'allocation de l'aide au revenu à la moyenne atlantique.
Mardi, 27 septembre 2011
Bonjour,
Au premier jour d'Expérimenter la faim, j'ai examiné le contenu du sac livré par la Banque Alimentaire. Il est assez abondant pour moi, surtout avec les légumes saisonniers. Manque de lait et de fruits. Beaucoup de sel et de sucre. Salut, à tous! À bientôt!
«
Louise Guerrette, Edmundston
La journée a été très occupée donc moins le temps de penser à la faim. Réunion en avant-midi. Mettre en marche mon nouvel ordi en après-midi.
Il faut dire qu'une personne avec des problèmes de santé, soit diabétique ou autre aura de la difficulté à suivre un régime lorsqu'elle expérimente la faim sur une base quotidienne d'où vient la problématique visant les soins de santé au NB. Je dois dire toutefois que l'ensemble de la bouffe reçue était bien et nourrissante.
Je ne crois pas expérimenter la faim autant que prévu par contre, j'expérimente le fait de ne pas pouvoir me nourrir des aliments que je préfère et que j'achète quand je veux. Je suis soumise à cette boîte qui me nourrit.
Mercredi, 28 septembre 2011
«
Louise Guerrette, Edmundston
La dernière journée de cette expérience s'amorce. Réunion, activités viendront s'ajouter. Aujourd'hui, il ne nous reste pas beaucoup de nourriture. Il faut faire trois repas avec la soupe, le reste des oeufs et du pain et le riz. La journée sera un peu plus difficile au point de vue alimentation puisque l'ensemble de ce qui nous reste ne constitue pas un repas. Nous avons changé le menu hier; donc aujourd'hui, il faut être innovateur et en convenir.
L'être humain ne peut pas rester insensible aux gens qui ont faim. Je peux comprendre à quel point une mère ou un père de famille fera le sacrifice ultime pour nourrir ses enfants ou sa famille. C'est un besoin primaire de se nourrir, tel qu'arboré par Maslow.
Les députés-ministres-fonctionnaires (en fait, tout le monde) qui n'ont jamais expérimenté la faim se doivent de faire l'expérience afin de mieux comprendre la pénible situation de ces personnes dans le besoin. Peut-être seront-ils plus ouverts à ajouter un 50 $ par mois pour assurer la santé et la survie de ces gens oubliés et ainsi, effacer ces préjugés envers les plus démunis de notre société. Je connais des personnes vivant d'aide sociale. Ils doivent être très vigilants avec leurs sous et leur nourriture pour survivre étant donné le coût exorbitant de la nourriture fraîche ces jours-ci. Le prix du panier de nourriture augmente ainsi que tous les autres éléments de base comme les loyers, les vêtements, l'électricité, etc.
Malgré tout, notre société est composée de gens sensibles, généreux, compréhensifs et prêts à offrir beaucoup de temps pour aider aux gens qui en ont besoin et de la nourriture aux banques alimentaires pour aider à pallier aux besoins des plus démunis. Chapeau! À ces organismes, commerces, personnes. Ils méritent notre reconnaissance. Cependant, cette injustice sociale se doit d'être réglée bientôt tout comme d'autres injustices que bien des gens de notre société subissent.
L'expérience terminée, je dois dire qu'aujourd'hui a été un plus grand défi. Je peux comprendre les gens qui ont hâte à revoir quelques sous en début de mois pour l'achat d'aliments. En tout cas, ce fut une belle expérience pour moi et pour Patrick. Nous avons conclu au souper d'être heureux de reprendre la normale au niveau de l'alimentation.
Merci de l'expérience!!!